Lundi 26 mai 2025 restera gravé comme l’une des pires journées de paralysie routière qu’ait connue Kinshasa. Dès l’aube, les grands axes stratégiques, notamment le By-pass et la Route Nationale n°1, ont été littéralement paralysés par des embouteillages monstres. Une file interminable de camions-remorques, s’étendant sur plus de dix kilomètres, a transformé la capitale en un véritable piège pour des milliers d’automobilistes et de passagers.
Au cœur de cette crise : la décision unilatérale du gouverneur Daniel Bumba d’interdire la circulation des poids lourds en journée, limitant leur passage aux seules heures nocturnes entre 22h et 5h du matin. Si cette mesure visait officiellement à désengorger les routes, elle a eu l’effet inverse, plongeant Kinshasa dans une crise sans précédent.
Ce qui est manifeste, c’est l’absence totale de planification préalable. Interdire les camions durant la journée sans prévoir des infrastructures alternatives tels que parkings de transit, zones de délestage, ou itinéraires de contournement révèle une gouvernance dépourvue de vision stratégique. Résultat : un embouteillage colossal aux entrées de la ville, les poids lourds bloqués plusieurs heures avant l’heure autorisée, et une paralysie généralisée du trafic urbain.
Le gouverneur, présent sur le terrain, a assuré le contrôle strict de sa directive, mais sans offrir de mesures d’accompagnement concrètes. Cette approche coercitive illustre un mode de gestion réactif, voire improvisé, qui ne tient pas compte des réalités complexes du transport routier à Kinshasa.
L’absence d’un plan global de mobilité urbaine intégrant infrastructures, régulation, modernisation des transports publics et dialogue permanent avec les acteurs concernés condamne la capitale à subir ces crises répétées. Comment fluidifier un trafic aussi saturé sans une stratégie cohérente ? Comment espérer un apaisement sans concertation préalable avec les transporteurs et les usagers ?
La population, prise en otage par cette désorganisation, voit sa patience s’effriter. Les appels à des sanctions sévères contre les poids lourds en infraction se multiplient, certains allant jusqu’à réclamer leur immobilisation immédiate en fourrière. Pourtant, sans solutions de remplacement viables, cette logique punitive risquerait d’aggraver la situation, désorganisant davantage l’approvisionnement des marchés et commerces.
Face à cette impasse, l’intersyndicale professionnelle du transport routier a déjà brandi la menace d’une grève imminente si la circulation diurne des camions-remorques n’est pas rétablie. Cette perspective fait peser une pression supplémentaire sur des autorités déjà accusées de gestion erratique.
La crise du 26 mai est symptomatique d’un dysfonctionnement profond de la gouvernance urbaine à Kinshasa. Loin des mesures ponctuelles et coercitives, les Kinois attendent une véritable politique de développement urbain qui repose sur :
L’aménagement et l’entretien rigoureux des infrastructures routières,
La mise en place d’un système de gestion intelligente du trafic,
Le développement d’un réseau de transports publics efficace et accessible,
Une concertation sincère et continue avec les professionnels du transport.
Sans une réforme globale, fondée sur l’anticipation, la concertation et les investissements durables, Kinshasa est condamnée à rester embourbée dans une asphyxie chronique, au détriment de sa population et de son économie.
Deo NZUNGU




