Le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, a récemment annoncé lors de l’émission Le Débat le lancement d’un système de tri sélectif des déchets ménagers, basé sur trois types de sachets : jaune pour les déchets organiques, bleu pour les inorganiques, et transparent pour les plastiques. Sur le papier, cette mesure vise à révolutionner la gestion des déchets en facilitant leur collecte et leur traitement.

Pourtant, derrière cette annonce ambitieuse, plusieurs failles majeures suscitent des doutes quant à l’efficacité réelle de cette initiative.

Le tri sélectif suppose un changement radical des comportements, alors même que la majorité des Kinois n’a pas encore intégré les notions de gestion écologique des déchets. Sans une campagne d’éducation massive, comment espérer que les ménages adoptent spontanément ce système ?

De plus, la distribution régulière des sachets triés pose question : où, comment, et à quel coût seront-ils fournis ? Dans un contexte où les infrastructures publiques sont souvent défaillantes, la régularité et la gratuité de cette distribution semblent incertaines.

L’expérience dans de nombreuses villes africaines montre que le tri à domicile ne suffit pas si la collecte séparée n’est pas garantie. Kinshasa manque cruellement d’une logistique adaptée :

Les camions-poubelles ne sont pas équipés pour ramasser les déchets triés,

Les centres de traitement et de recyclage font défaut ou sont saturés,

La filière du recyclage plastique et organique reste embryonnaire et peu organisée.

Sans investissements majeurs pour renforcer cette chaîne, les sachets colorés risquent d’être mélangés dès la collecte, annulant l’intérêt même du tri.

Aucune annonce claire n’a été faite concernant le financement durable de cette réforme, ni sur les sanctions pour les contrevenants. L’absence d’un cadre réglementaire strict et appliqué pourrait rapidement réduire cette initiative à un simple effet d’annonce.

Par ailleurs, la coordination entre les différents services municipaux, entreprises privées et acteurs associatifs reste un défi non résolu, alors même qu’elle est indispensable pour la réussite du tri sélectif.

Si l’introduction des sachets pour le tri sélectif est une étape nécessaire, elle ne saurait, à elle seule, résoudre la problématique complexe des déchets à Kinshasa. Le succès de cette réforme dépendra d’une mobilisation globale, d’investissements lourds, d’une sensibilisation effective, et d’un suivi rigoureux.

Sans ces conditions, le risque est grand que le tri sélectif reste une idée séduisante, mais qui ne fera que masquer l’immense défi de la gestion des déchets dans la capitale congolaise.

Deo NZUNGU

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