La République démocratique du Congo semble vouloir prendre un nouveau virage stratégique dans le domaine des transports. Le 26 mai 2025, Jean-Pierre Bemba, Vice-Premier Ministre et Ministre des Transports, a accueilli à Kinshasa deux partenaires de poids : l’Ambassadeur de l’Union Européenne, Nicolas Berlanga Martinez, et l’Ambassadrice des États-Unis, Lucy Tamlyn. Au centre des discussions : le projet transnational du Corridor de Lobito, présenté comme une solution miracle au désenclavement de la RDC.

Mais derrière l’enthousiasme diplomatique et les discours prometteurs, une série de failles structurelles, logistiques et institutionnelles interrogent la faisabilité réelle d’une telle ambition.

La RDC dispose de l’un des réseaux de transport les plus fragiles d’Afrique, marqué par une défaillance chronique des infrastructures ferroviaires, un réseau routier à peine praticable hors des grands centres urbains et une absence criante d’entretien régulier. Le Corridor de Lobito, censé relier le port angolais au sud-est de la RDC et à la Zambie, nécessitera une réhabilitation lourde des voies ferrées existantes, voire la construction de nouvelles lignes.

Or, le pays peine déjà à gérer les infrastructures internes existantes. L’Office National des Transports (ONATRA) souffre de graves problèmes de gestion, d’équipement vétuste et d’un sous-financement chronique. Cela soulève la question suivante : comment garantir l’efficacité d’un projet international si les fondations internes sont encore instables ?

En plus des limites matérielles, le cadre réglementaire et institutionnel de la RDC reste instable, avec de fréquents changements de cap, une lourdeur administrative et une absence de transparence dans l’attribution des marchés publics. Dans ces conditions, même avec un financement international, le risque de retards, de surfacturations ou de détournements de fonds reste élevé.

Les populations concernées par ce corridor, notamment dans les provinces minières et enclavées, redoutent que le projet reste confiné à des intentions diplomatiques et ne se traduise jamais en réalité palpable.

Jean-Pierre Bemba a affirmé sa détermination à conduire la RDC vers une nouvelle ère de connectivité. Mais sa vision, aussi stratégique soit-elle, se heurte à une gouvernance encore trop centralisée, des capacités techniques limitées, et un déficit de concertation avec les parties prenantes locales, notamment les communautés riveraines.

Par ailleurs, le projet nécessite une coordination étroite avec l’Angola et la Zambie, partenaires également confrontés à leurs propres défis internes. La durabilité du corridor dépendra donc d’un alignement rare d’intérêts politiques, financiers et techniques à l’échelle régionale.

Malgré ces failles, certaines pistes peuvent permettre de poser des bases solides :

Renforcement de la gouvernance sectorielle avec la mise en place d’une autorité indépendante de supervision du corridor ;

Partenariats public-privé mieux encadrés, favorisant la transparence et la redevabilité ;

Intégration des communautés locales dans le processus de déploiement pour limiter les conflits et renforcer l’appropriation ;

Formation d’une main-d’œuvre locale qualifiée pour entretenir et opérer les infrastructures.

Le Corridor de Lobito incarne une vision ambitieuse, à la croisée des intérêts économiques et géopolitiques. Cependant, tant que les problèmes internes de gouvernance, de logistique et de gestion des infrastructures ne sont pas sérieusement traités, ce projet risque de rester, comme tant d’autres avant lui, une promesse suspendue.

Le gouvernement congolais est face à une exigence historique : traduire les intentions politiques en actions concrètes, en donnant des garanties à la fois aux partenaires internationaux et aux citoyens congolais, qui attendent depuis des décennies une vraie révolution du transport.

Deo NZUNGU

Banner Content

0 Comments

Leave a Comment