Une scène devenue presque banale mais d’autant plus insupportable s’est reproduite ce matin à Kinshasa, précisément au niveau du tronçon routier de Mitendi, principal point d’accès sud-ouest de la capitale. Une marée de véhicules, majoritairement composée de poids lourds stationnés à perte de vue, a littéralement paralysé la circulation, provoquant un chaos routier d’une rare intensité.

À l’origine de cet engorgement, une mesure certes bien intentionnée mais mal appliquée : l’interdiction faite aux camions de circuler entre 22 heures et 5 heures du matin, édictée par l’autorité provinciale dans un souci de fluidification du trafic urbain et de sécurité routière. Si en théorie cette réglementation vise à désengorger la ville pendant les heures de grande affluence, sur le terrain, elle semble produire l’effet inverse.

En effet, loin de regagner leurs entrepôts ou zones de stationnement réglementées, de nombreux conducteurs de poids lourds préfèrent s’agglutiner aux abords de la ville, notamment à Mitendi, dans l’attente de l’heure légale de passage. Ce comportement, en totale contradiction avec l’esprit de la loi, aggrave la congestion en étouffant les principaux axes routiers dès les premières heures du jour.

« Il est incompréhensible que des mesures de régulation se transforment en pièges urbains pour les automobilistes », s’insurge un conducteur coincé depuis plus de deux heures dans l’embouteillage. Ce sentiment de frustration est partagé par de nombreux usagers, confrontés quotidiennement à ce fléau devenu structurel.

L’absence d’aires de stationnement aménagées pour les camions en périphérie de la capitale constitue également une faille structurelle dans la mise en œuvre de cette mesure. À cela s’ajoute un déficit criant de communication et de sensibilisation des transporteurs, ainsi qu’un laxisme dans l’application des sanctions à l’égard des contrevenants.

Pour les observateurs avertis, la problématique du transport des marchandises à Kinshasa révèle un déséquilibre plus large entre urbanisation galopante, infrastructures vieillissantes et faibles capacités de régulation. « Sans planification rigoureuse ni contrôle strict, toute décision administrative devient inefficace, voire contre-productive », avertit un expert en mobilité urbaine.

Dans ce contexte, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer une réforme pragmatique de la politique de circulation des poids lourds. La solution ne saurait se limiter à une simple interdiction horaire, mais doit intégrer des dispositifs complémentaires : parkings relais, balisage électronique des flux de camions, renforcement des contrôles par la police de circulation, et dialogue constant avec les syndicats de chauffeurs.

L’enjeu est de taille : il s’agit non seulement de garantir la fluidité des déplacements dans une capitale surpeuplée, mais aussi de prévenir les risques économiques et sécuritaires liés à la paralysie du trafic.

LA RÉDACTION

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