Au cœur de la République Démocratique du Congo, le Grand Équateur, jadis bastion d’une élite éclairée, se trouve aujourd’hui prisonnier d’une dynamique autodestructrice, nourrie par une classe politique qui semble avoir troqué la noblesse du service public contre les dérives d’un opportunisme désabusé. Des agissements déshonorants, relayés avec insistance, jettent un discrédit croissant sur la province et freinent l’élan de renouveau porté par une nouvelle génération d’acteurs politiques déterminés à tourner la page de la honte.
Il serait irresponsable de dresser le portrait de la crise actuelle sans évoquer, avec lucidité, les errements passés de certains cadres politiques issus du Grand Équateur. À la faveur de postes stratégiques dans les gouvernements précédents, plusieurs d’entre eux ont confondu les caisses de l’État avec leur compte personnel. Parmi ces figures controversées, Willy BAKONGA, ancien ministre de l’EPST, incarne tristement cette dérive. Interpellé à l’aéroport de Brazzaville avec une importante somme d’argent en devises fortes, il a été condamné pour blanchiment et détournement de fonds publics. Ce scandale n’est que la face visible d’un iceberg bien plus vaste, fait de mauvaise gestion, d’opacité budgétaire et d’affairisme impuni.
Mais le plus inquiétant reste la mutation récente de ces anciens dignitaires en acteurs de la désinformation. Plutôt que de se retirer avec dignité ou contribuer de manière constructive à la vie politique, ils ont opté pour une guerre psychologique contre les ministres en fonction. Déguisés en « conseillers dans l’ombre » ou manipulant des communicateurs à leur solde, ils orchestrent une campagne permanente de discrédit, semant le doute dans l’opinion et sapant les efforts des réformateurs.
Ces individus, qui hier détournaient les ressources du peuple sans vergogne, se permettent aujourd’hui de critiquer les actions de ceux qui, avec dévouement, s’attèlent à remettre la province sur les rails du développement durable. Cette ironie tragique illustre bien la perte de repères moraux et l’obsession pathologique du pouvoir, même après l’échec.
Au-delà de l’indignation, c’est un constat plus large qui s’impose : celui d’un divorce croissant entre certains leaders politiques et les aspirations profondes de la population. Là où le peuple réclame infrastructures, éducation de qualité, sécurité et emplois, ces élites rétrogrades opposent calomnies, intrigues et logiques de clan. Une telle déconnexion alimente un climat de méfiance généralisée vis-à-vis de la politique, entrave le bon fonctionnement des institutions et compromet la mise en œuvre des politiques publiques.
Le Grand Équateur ne manque pourtant pas de références glorieuses. On se souviendra des figures historiques telles que Mobutu SESE SEKO, bien qu’ambivalentes, ou d’intellectuels comme Antoine-Roger BOLAMBA, qui avaient à cœur de porter haut les couleurs de la province sur la scène nationale. Mais aujourd’hui, cette mémoire est éclipsée par le bruit des scandales et la cacophonie des manipulateurs. Il appartient donc à la nouvelle génération de leaders, jeunes ministres, députés, cadres d’administration et militants citoyens de redonner sens à l’honneur, à l’intégrité et à l’action publique.
Face à cette dérive systémique, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer un assainissement profond du paysage politique équatorien. Des associations de la société civile, des leaders religieux, mais aussi des intellectuels en exil dénoncent avec fermeté l’impunité dont bénéficient les auteurs des forfaitures passées. Certains appellent même à la mise en place de mécanismes de redevabilité et de moralisation de la vie publique, assortis d’un audit citoyen de la gestion provinciale.
Par ailleurs, l’émergence d’une nouvelle génération politique, portée par des personnalités aux compétences avérées, suscite l’espoir. Ce sont ces bâtisseurs de l’ombre, souvent discrédités par leurs prédécesseurs jaloux, qui doivent être soutenus par les populations pour garantir un changement durable et inclusif.
L’histoire retiendra que le Grand Équateur n’a pas été victime de son sous-développement, mais bien de la trahison de ses propres enfants. Loin d’un acharnement personnel, cet article se veut un appel à la responsabilité, une interpellation collective pour sortir de l’ornière. Il ne s’agit plus de condamner, mais de reconstruire. Et cette reconstruction ne saurait s’opérer sans vérité, sans courage, et surtout sans mémoire.
LA RÉDACTION




