Avec l’avènement de Daniel Bumba à la tête de la ville-province, les attentes étaient énormes. Le projet « Kin ezo bonga », censé incarner la vision d’un Kinshasa moderne, propre et fluide, avait soulevé l’espoir d’une capitale enfin réconciliée avec elle-même. Pourtant, un an après son lancement, ce programme tient davantage du slogan de campagne que d’un véritable plan d’action. Dans la réalité, les Kinois peinent à percevoir la moindre amélioration de leur cadre de vie. Pire, les signaux sont au rouge.
Le quotidien des habitants de Kinshasa est rythmé par les embouteillages monstres, les routes défoncées, l’accumulation des déchets, l’insécurité urbaine et le désordre structurel. À Masina, Ngaba, Mont Ngafula, Lemba ou même dans des zones plus centrales comme Gombe ou Kintambo, les artères principales sont parsemées de nids-de-poule, de flaques stagnantes et de déchets qui jonchent les trottoirs. Les travaux annoncés dans le cadre de la « rocade » ou la réhabilitation des axes prioritaires restent à l’état de maquette ou de simples déclarations médiatiques.
« Kinshasa n’évolue pas. Chaque jour, c’est la galère pour aller au travail. Pascal, Victoire, Bandal, ce sont des cauchemars. Rien n’est fait pour nous soulager », se plaint Clarisse Nsimba, commerçante à Matete.
Les nœuds de circulation tels que Rond-point Ngaba, Terminus, Pompage, Marché de la Liberté, ou encore le carrefour Super Lemba sont devenus de véritables zones de non-droit en matière de mobilité. Le trafic y est totalement désorganisé, sans présence policière efficace, ni plan de fluidification. Les Kinois assistent, impuissants, à la détérioration accélérée de leur environnement urbain.
Ce qui choque davantage, c’est l’absence de communication claire du gouverneur sur les retards ou blocages rencontrés. Où en est l’audit promis sur la voirie urbaine ? Où sont passés les budgets alloués à l’assainissement et aux travaux publics ? Le mystère reste entier, nourrissant frustrations et soupçons de mauvaise gestion.
« Ce n’est pas normal qu’aucun point d’étape ne soit rendu public. Le gouverneur doit rendre compte. On ne peut pas se cacher derrière des slogans quand la ville s’effondre », tonne Dieudonné Mbala, urbaniste à l’Université de Kinshasa.
Là où les Kinois attendaient des plans, des chantiers visibles, des indicateurs d’impact et une dynamique d’urgence, ils n’ont reçu qu’un slogan déconnecté du terrain. « Kin ezo bonga » ? Pour l’instant, rien ne « bonga ». Le slogan devient presque une provocation au regard de l’inaction actuelle.
La population, de plus en plus critique, réclame un recentrage des priorités : nettoyage systématique des grandes artères, réhabilitation d’urgence des points critiques de la voirie, amélioration de la sécurité urbaine, mais aussi mise en place d’un système de suivi et d’évaluation des projets en toute transparence.
Car Kinshasa ne se transformera pas avec des pancartes, mais par des décisions courageuses, une administration efficace, et une vision opérationnelle du développement urbain. Le gouverneur Daniel Bumba est désormais face à un défi de crédibilité. Soit il agit concrètement, soit son slogan restera gravé comme un symbole de promesses non tenues.
LA RÉDACTION




