La ville de Kinshasa, déjà submergée par un chaos urbain chronique, est aujourd’hui le théâtre d’un phénomène des plus préoccupants : la résurgence des tracasseries routières opérées par des individus sans qualité officielle, souvent en complicité avec certains agents de la police nationale. Ces abus, loin d’être marginaux, prennent désormais une ampleur alarmante dans des quartiers tels que Victoire, Kapela, Yolo, et bien d’autres zones stratégiques de la capitale congolaise.
En effet, au détour de nombreux carrefours, il n’est pas rare d’observer des hommes en civil parfois flanqués de brassards artisanaux ou arborant de simples gilets fluorescents s’improviser “régulateurs routiers”. Ceux-ci procèdent à l’interpellation de motocyclistes, de chauffeurs de taxis et de véhicules personnels, sous des prétextes souvent fallacieux, allant du défaut de casque à des infractions imaginaires, exigeant ensuite des paiements immédiats et non-reçus.
Ce phénomène de “tracasserie institutionnalisée”, comme le qualifient certains usagers exaspérés, s’accompagne fréquemment d’intimidations, voire de violences verbales et physiques. À cela s’ajoute la présence, non négligeable, de certains agents de la Police de Circulation Routière (PCR), censés incarner l’ordre républicain, mais qui se livrent à des pratiques contraires à leur serment de loyauté.
Malgré les multiples dénonciations relayées par la société civile et les médias locaux, les mesures concrètes se font attendre. Dans un rapport publié récemment, l’Observatoire Congolais de la Mobilité Urbaine (OCMU) évoque une “défaillance structurelle de la chaîne de commandement sécuritaire” et appelle à une réforme profonde de la régulation routière dans les grandes agglomérations congolaises.
En outre, les tracasseries routières constituent un frein majeur au développement économique de la ville. Elles impactent négativement les activités du transport urbain, accroissent la précarité des petits transporteurs, et alimentent la méfiance entre la population et les forces de l’ordre. Il est impératif, dans ce contexte, que les autorités compétentes, au premier rang desquelles le Commissariat provincial de la police, prennent des mesures rigoureuses pour mettre fin à ce fléau.
Par ailleurs, la prolifération de faux agents traduit aussi la porosité des contrôles administratifs et l’impunité dont bénéficient certains groupes opérant avec une relative liberté. Il serait souhaitable qu’un audit citoyen soit engagé pour identifier les zones à haut risque et démanteler les réseaux parallèles d’extorsion.
Dans un État de droit digne de ce nom, la régulation de la circulation ne saurait être laissée à la discrétion de personnages anonymes, encore moins à des individus non assermentés, agissant au mépris de toute légalité. Il revient donc aux décideurs politiques et sécuritaires d’assumer pleinement leur responsabilité afin de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions régaliennes.
LA RÉDACTION




