Depuis plus d’une décennie, l’axe connu sous le nom de « ligne cimetière », à la hauteur de l’église Saint Mbaga, plonge les habitants de Kimbanseke dans un quotidien périlleux. Chaque averse y transforme la terre battue en un véritable bourbier, où les flaques profondes et les ornières béantes deviennent autant de pièges mortels. L’indifférence institutionnelle, conjuguée à l’absence de toute planification urbaine, confine cette portion de route à un statut quasi fantomatique.
À Kimbanseke, nul ne se risque à ignorer les premières gouttes ; elles annoncent invariablement glissades, chutes et dommages matériels. Une commerçante, ayant requis l’anonymat, témoigne : « J’ai déjà perdu plusieurs cargaisons dans la boue, et personne ne nous tend la main. On se sent méprisés, comme si notre vie n’avait pas de valeur ». Ses mots résonnent comme un appel désespéré à la dignité que chacun ici estime légitime.
Pour les motocyclistes, pourtant réputés intrépides, ce tronçon devient un champ de mines : « Après la pluie, il faut être fou pour s’aventurer, confie l’un d’eux. On se plante dans la boue, on risque la fracture, et on règle seul la facture des dégâts », poursuit‑il, casque à la main et visiblement exaspéré. En l’absence de revêtement même rudimentaire ni de drainage minimal, la route cède aux éléments et menace de couper tout lien entre ce quartier et le reste de la capitale.
Malgré quelques publications sporadiques sur les réseaux sociaux, aucune mesure concrète n’a été prise par les autorités municipales ou provinciales. Les promesses de réparation tombent dans l’oubli, gommées par la succession des saisons des pluies. En coulisses, le manque de budget dédié et la carence de coordination entre les services techniques expliquent en partie cette inertie, mais n’en atténuent nullement la responsabilité.
Pourtant, les habitants ne demandent pas l’impossible : ils réclament seulement une chaussée praticable, un drainage sommaire pour évacuer l’eau et une fréquence minimale de maintenance. Ils aspirent à marcher sans crainte de la chute, à se rendre à l’école et au marché sans humiliation, et surtout à être reconnus comme acteurs à part entière de la capitale congolaise.
Le calvaire silencieux de la « route cimetière » est un miroir de la fracture urbaine à Kinshasa. Tant que l’État persistera dans l’ignorance et le déni, les Kimbansékéens continueront de livrer bataille, averse après averse, pour une simple notion de citoyenneté : le droit à une voirie digne et sécurisée.
Henoc TSHITABI




