En 2019, après six longues années d’abandon, la route de Kimwenza avait enfin retrouvé une seconde vie grâce à un partenariat public‑privé entre les autorités provinciales du Kongo‑Central et l’Université de Kinshasa. Livrée en mai 2022, cette chaussée modernisée reliait efficacement Kindele, la gare de Kimwenza et les campus universitaires, symbolisant l’espoir d’une mobilité sécurisée et l’essor économique local. Commerces, marchés et services de transport voyaient alors leur fréquentation renouer avec la croissance.
Pourtant, à peine trois ans plus tard, cet axe stratégique est désormais fragilisé par un ravin insidieux qui ronge progressivement la chaussée. Chaque averse creuse un peu plus le sol argileux, mal protégé et sensible aux variations hydriques, provoquant l’apparition d’une fissure béante menaçant de découper totalement la route. Sans dispositif de drainage adapté ni végétalisation des talus pour stabiliser les berges, le ruissellement incontrôlé s’attaque à la couche de fondation, comme si les travaux de 2022 n’avaient jamais existé.
La population locale vit cette dégradation avec inquiétude et colère. Mme Mbongo, commerçante à la gare de Kimwenza, confie : « Chaque averse creuse un peu plus cette blessure. Nous redoutons la saison des pluies comme on attend un ouragan ». De leur côté, les étudiants de l’ISTM et de l’UNIKIN dénoncent les retards chroniques et la fatigue accrue engendrés par les détours obligatoires : « Un trajet de dix minutes dure désormais vingt‑cinq, avoue Jean‑Claude, étudiant en géologie. Chaque jour, nous perdons du temps et de l’argent ».
Derrière ce constat, plusieurs défaillances institutionnelles se dessinent. Le protocole d’accord initial prévoyait des réunions de suivi quinquennales entre l’Agence nationale des travaux publics, la mairie de la Gombe et l’UNIKIN, mais celles‑ci n’ont jamais eu lieu. Le financement destiné à l’entretien post‑chantier reste flou, et le manque de transparence sur les crédits alloués a laissé les services techniques démunis face à l’érosion croissante. L’absence de mécanismes de remontée d’alerte a également privé les riverains de toute possibilité de signaler rapidement les premiers signes d’affaissement.
Face à l’urgence, experts et acteurs locaux appellent à une réponse rapide et coordonnée. Ils insistent sur la nécessité d’un audit géotechnique complet pour comprendre la nature du sol et définir les zones à risque, puis de consolider les berges par des gabions et des plantations à enracinement profond. La création d’un système de drainage robuste, combinant drains enterrés et bassins tampons, permettrait de réguler efficacement les eaux pluviales. Enfin, l’instauration d’un comité de suivi participatif associant autorités, riverains, étudiants et spécialistes indépendants garantirait une maintenance régulière et transparente.
Plus qu’une simple chaussée, la route de Kimwenza est le poumon de la mobilité estudiantine et un vecteur de dynamisme socio‑économique. Si elle venait à s’effondrer à nouveau, c’est toute une communauté qui serait isolée, privée d’accès à l’enseignement, aux soins et au travail. La reconquête de cette artère vitale passe donc par une volonté politique concrète, une coordination rigoureuse et une implication citoyenne réelle. À défaut, le ravin creusera un fossé non seulement dans la chaussée, mais aussi dans la confiance que les Kinois placent en leurs institutions.
Henoc TSHITABI




