Au cœur du boulevard Triomphal, à proximité du prestigieux Palais du Peuple, le Carrefour 24 se mue en véritable guet-apens pour les automobilistes kinoises et kinois. Depuis plusieurs semaines, des conducteurs dénoncent des pratiques d’extorsion orchestrées par des individus en civil, surnommés dans le jargon local les « Kabasele », dont l’origine et la hiérarchie restent inexplicablement opaques.

Ces agents non habilités, dépourvus de tout signe officiel d’identification, multiplient les contrôles « inopinés » : prétextant une infraction imaginaire frein défaillant, plaque illisible ou absence de carte grise, ils obligent les victimes à les suivre jusqu’au camp Lufungula. Là, dans un climat de menaces implicites, les automobilistes sont sommés de verser des « amendes » allant jusqu’à 250 000 francs congolais, sans aucun reçu ni document légal.

Le schéma, décrit comme parfaitement rodé, s’apparente à un système parallèle d’amendes illégales qui prospère au sein même des institutions chargées de faire respecter la loi. Plusieurs témoignages concordants ont permis de reconstituer le mode opératoire : arrêt brutal, confiscation temporaire des documents, et transfert sous escorte vers ce site reculé où opèrent ces « agents ». Une fois la somme exigée encaissée, aucun justificatif n’est remis, laissant les conducteurs désemparés et démunis face à une justice fantoche.

« On m’a interpellé sans motif et conduit de force à Lufungula, raconte un chauffeur taxi encore ébranlé. Ils m’ont réclamé 200 000 FC pour me restituer mes papiers, sans même lever un doigt pour justifier leur action ». Ce témoignage, loin d’être isolé, illustre la gravité et l’ampleur du phénomène, qui jette un voile d’insécurité juridique sur toute la capitale.

Face à cette dérive, l’absence de réaction claire de la hiérarchie policière et du gouvernement provincial demeure incompréhensible. L’opinion publique réclame désormais l’ouverture d’une enquête transparente, la mise en place d’une cellule de réception des plaintes et un rappel immédiat à l’ordre des forces de sécurité. Sans une intervention ferme, c’est la confiance des citoyens envers l’autorité publique qui s’effrite, au détriment de l’image même de l’État de droit à Kinshasa.

Paterne MBOYO

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