Dans l’Est de Kinshasa, les communes de Ndjili et Kimbanseke sombrent chaque nuit dans des ténèbres inquiétantes. L’absence persistante d’éclairage public sur les grandes artères transforme la Tshangu en un territoire à haut risque, où règnent insécurité, immobilisme économique et sentiment d’abandon.
Dès la tombée du jour, les rues de la Tshangu deviennent des couloirs de l’angoisse. L’obscurité ambiante, conjuguée à l’absence de surveillance policière efficace, constitue un terreau fertile pour toutes sortes d’activités criminelles. Des groupes armés de couteaux ou de barres de fer opèrent en toute impunité, dérobant sacs, téléphones et motos aux passants. « Il suffit de marcher seul après 20h pour risquer sa vie. L’éclairage public aurait pu dissuader ces malfaiteurs », confie avec amertume Mme Masiala, commerçante à Ndjili Sainte-Thérèse.
Les femmes et les jeunes filles sont particulièrement vulnérables, contraintes d’écourter leurs activités ou d’organiser des trajets groupés pour éviter les agressions. Des cas de viols et de violences physiques ont été rapportés, sans qu’aucune suite judiciaire sérieuse ne soit donnée.
Au-delà de l’insécurité, le manque de visibilité nocturne rend la circulation hasardeuse. Les embouteillages se multiplient autour des giratoires mal éclairés, tandis que les conducteurs de motos-taxis prennent d’énormes risques dans les zones non balisées. Les piétons, eux, sont souvent victimes de chutes ou de collisions, faute d’une signalisation lumineuse adéquate.
Par ailleurs, les taxis et bus désertent certaines zones après 21h, isolant les quartiers périphériques et rendant les déplacements pratiquement impossibles pour de nombreuses familles. La Tshangu se retrouve ainsi en état de quasi-blocus chaque nuit.
Cette situation a des répercussions directes sur la dynamique économique locale. Les marchés ferment plus tôt, les bistrots perdent leur clientèle et les activités informelles colonne vertébrale de l’économie urbaine déclinent à vue d’œil. À Kimbanseke, certains vendeurs de rue préfèrent ne plus installer leurs étals par peur d’être attaqués. « Je rentre avant 18h, car une fois la nuit tombée, la commune appartient aux voleurs », affirme un jeune vendeur ambulant de la Cité Mama Mobutu.
Il devient de plus en plus difficile pour les petits commerçants de maintenir leurs revenus dans un environnement aussi hostile, mettant en péril la subsistance de centaines de ménages.
Bien que plusieurs projets de réhabilitation de l’éclairage public aient été annoncés par les autorités urbaines et provinciales, notamment dans le cadre du « Programme d’urgence pour Kinshasa », peu d’actions concrètes ont été menées sur le terrain. Des poteaux installés sans ampoules, des câblages inachevés ou volés, et des délais non respectés témoignent de l’improvisation et du manque de volonté politique.
Certains habitants dénoncent également le détournement présumé de fonds destinés à ces projets d’éclairage. Une enquête parlementaire avait d’ailleurs été évoquée en 2023, sans aboutir à des sanctions ni à des résultats tangibles.
Face à ce tableau sombre, les populations de la Tshangu appellent à une mobilisation urgente des autorités compétentes. Restaurer l’éclairage public ne relève pas uniquement de l’esthétique urbaine, mais d’un impératif sécuritaire, social et économique. Il est donc crucial de relancer des projets de manière transparente, durable et participative, tout en engageant les communautés locales dans leur entretien.
La Tshangu, espace stratégique de la capitale, mérite de sortir de cette obscurité prolongée. Éclairer ses rues, c’est rallumer l’espoir d’un avenir plus sûr, plus juste et plus prospère pour ses habitants.
LA RÉDACTION




