Située aux confins sud de la capitale congolaise, la commune de Mont-Ngafula s’impose aujourd’hui comme l’un des épicentres de l’urbanisation désordonnée de Kinshasa. Sa croissance démographique effrénée, impulsée par l’exode rural et la saturation des communes centrales, se traduit par une prolifération incontrôlée d’habitations précaires érigées au mépris de toute norme urbanistique.   

Il est désormais courant de voir des maisons bâties à flanc de colline, sur des terrains instables ou dans des ravins sujets à l’érosion, sans plan cadastral précis ni permis de construire. Ce phénomène, bien loin d’être anecdotique, relève d’une démission manifeste des pouvoirs publics face à l’ampleur du défi territorial. En l’absence de contrôle, les zones à haut risque sont colonisées sans étude de sol, aggravant la vulnérabilité des populations.

Par ailleurs, cette urbanisation sauvage met à rude épreuve les capacités des infrastructures de base. Les réseaux d’eau potable, d’électricité et de voirie sont totalement dépassés, quand ils ne sont pas tout simplement inexistants. À cela s’ajoute une carence chronique en assainissement, qui expose les habitants à des maladies hydriques récurrentes, notamment en période de fortes pluies.

Les précipitations diluviennes, couplées à la déforestation massive des pentes, provoquent régulièrement des éboulements meurtriers. Des dizaines de familles endeuillées chaque année n’ont d’autre recours que leur propre résilience. En janvier 2023, plusieurs personnes ont péri dans le quartier Kindele suite à un glissement de terrain, un drame que les autorités locales n’ont toujours pas su prévenir durablement.

Cette situation dramatique résulte d’une double fracture : d’une part, l’incapacité des institutions à anticiper les dynamiques démographiques et, d’autre part, la faiblesse de la réglementation foncière, souvent bafouée par des pratiques clientélistes ou corrompues. L’absence d’un plan local d’urbanisme, adossé à un schéma directeur régional, ouvre la voie à une cacophonie spatiale difficilement rattrapable.

À l’heure où le gouvernement prône la modernisation des villes et la territorialisation des politiques publiques, Mont-Ngafula apparaît comme un test grandeur nature de la volonté réelle des autorités à impulser un tournant stratégique. Sans une planification rigoureuse, intégrant les impératifs de durabilité, d’inclusivité et de justice spatiale, cette commune risque de sombrer dans un chaos irréversible.

LA RÉDACTION

Banner Content

0 Comments

Leave a Comment