Aux premières lueurs du jour comme aux heures les plus avancées de la nuit, le rond-point Ngaba se transforme en un vaste théâtre d’immobilisme urbain. Véritable nœud stratégique du sud de Kinshasa, cette zone connaît des embouteillages récurrents et tentaculaires, qui paralysent aussi bien la circulation que le quotidien des usagers.

Ce carrefour, censé assurer une fluidité entre les communes de Lemba, Makala, Mont-Ngafula et Ngaba, est devenu, au fil du temps, un goulet d’étranglement où se mêlent taxis, bus, motos, piétons et vendeurs ambulants dans un désordre généralisé. L’absence d’un plan de circulation cohérent, conjuguée à l’inefficacité des services de régulation routière, alimente une anarchie devenue presque structurelle. « Ce rond-point est un piège. Parfois, je passe plus d’une heure ici pour parcourir à peine un kilomètre », déplore un chauffeur de taxi, le regard las.

En outre, l’explosion démographique non maîtrisée de la capitale a contribué à saturer les infrastructures existantes, déjà obsolètes. Le rond-point Ngaba, conçu à une époque où la densité urbaine était bien inférieure, n’a fait l’objet d’aucune réhabilitation significative depuis des décennies. Les tentatives sporadiques de désengorgement, notamment à travers le déploiement de la Police de circulation routière (PCR), demeurent largement inefficaces faute de coordination, de moyens logistiques et surtout d’un plan directeur de mobilité urbaine à l’échelle de Kinshasa.

Par ailleurs, les occupations anarchiques de l’espace public aggravent la situation. Les marchés improvisés sur les trottoirs, les garages mécaniques installés à proximité immédiate du rond-point, ainsi que les véhicules mal stationnés rendent toute circulation fluide impossible. Ce chaos ambiant a un impact direct sur l’économie locale, sur la santé mentale des usagers et sur la qualité de l’air, déjà préoccupante dans cette partie de la ville.

Face à ce constat, des urbanistes et experts en transport appellent à une réforme urgente de la gestion de la mobilité urbaine. Il s’agirait notamment de revoir le plan de circulation autour du rond-point Ngaba, de dégager les emprises illégalement occupées, d’instaurer des horaires de rotation pour les gros véhicules et de renforcer la signalisation routière. À long terme, seul un investissement structurel dans les transports en commun modernes tels que les bus articulés ou un système de transport ferroviaire urbain permettrait de désengorger durablement ce secteur névralgique.

Pour l’instant, le rond-point Ngaba demeure le miroir des dysfonctionnements d’une métropole en croissance rapide mais sans véritable gouvernance urbaine. Et chaque jour, dans l’indifférence générale, des milliers de Kinois y endurent un calvaire devenu routinier.

LA RÉDACTION

Banner Content

0 Comments

Leave a Comment