Au fil des années, les artères de Kinshasa, capitale tentaculaire et surpeuplée de la République Démocratique du Congo, sont devenues le théâtre quotidien d’une désorganisation chronique. Parmi les facteurs aggravants, les carrefours non aménagés s’imposent comme des points noirs majeurs de la circulation urbaine, tant par leur dangerosité que par leur impact sur la fluidité du trafic.

En l’absence de rond-points fonctionnels, de feux tricolores opérationnels ou même de signalisation élémentaire, ces intersections deviennent des zones à haut risque, où chaque usager tente de s’imposer dans un chaos quasi tribal. Motos, taxis-bus, véhicules particuliers, piétons, vendeurs ambulants : tous cohabitent dans un désordre désespérant. « C’est la loi du plus fort qui règne ici. Sans organisation, chacun fait comme il peut, et les accidents deviennent inévitables », affirme un conducteur de taxi croisé au croisement de l’avenue Kianza et du boulevard Lumumba.

Le problème s’enracine dans une urbanisation galopante, non accompagnée d’une politique d’aménagement cohérente. Bon nombre de carrefours stratégiques, tels que ceux de Debonhomme, Victoire ou encore Pascal, n’ont jamais bénéficié d’un réaménagement sérieux. Pire encore, plusieurs projets entamés par l’Office des Voiries et Drainage (OVD) ou le Fonds National d’Entretien Routier (FONER) sont restés inachevés, parfois bloqués par des questions de financement ou de corruption.

Outre les embouteillages endémiques, ces carrefours mal conçus constituent également une menace permanente pour la sécurité des usagers. Les piétons, souvent contraints de traverser à leurs risques et périls, sont les premières victimes de ce désordre structurel. Les enfants et les personnes âgées y sont particulièrement exposés, dans une ville où la culture du respect du code de la route est quasi inexistante.

Cette situation alarmante exige une réaction rapide et multisectorielle. Les experts en mobilité urbaine recommandent l’aménagement systématique des carrefours les plus fréquentés, avec l’installation de feux intelligents, la construction de giratoires adaptés, et la mise en place d’une signalisation verticale et horizontale conforme aux normes internationales. De même, une répression rigoureuse des comportements routiers inciviques devrait accompagner toute réforme.

Par ailleurs, l’éducation routière et la sensibilisation à la citoyenneté urbaine devraient être renforcées dans les écoles, les entreprises et les médias. Il ne saurait y avoir de modernisation de la capitale sans une réforme en profondeur de ses carrefours, qui demeurent aujourd’hui les témoins silencieux de la faillite de l’aménagement territorial.

LA RÉDACTION

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