Dans la commune de Kasa-Vubu, une spirale d’abus et de harcèlements orchestrée par certains agents municipaux jette une ombre inquiétante sur la gestion locale. Loin de leur mission de service public, ces représentants de l’ordre communal sont accusés par de nombreux commerçants de pratiquer des extorsions systématiques, des saisies injustifiées de biens et des menaces à peine voilées. Une situation qui, au fil du temps, a instauré un climat de peur et d’anarchie déguisée.
Alors que les autorités prônent l’encadrement et la formalisation du commerce de proximité, les faits sur le terrain révèlent une tout autre réalité. Les vendeurs à la sauvette, les tenanciers de petites échoppes ou même les commerçants installés de manière semi-légale sont devenus les cibles privilégiées de ce que beaucoup qualifient désormais de « racket légal ». Chaque matin, ils redoutent les descentes intempestives d’agents municipaux venus exiger « leur part ».
« Ils n’ont plus besoin de prétexte. Même quand on a tous les papiers en règle, ils trouvent un motif pour vous extorquer », déplore Mme Yvonette, vendeuse de légumes. « Et si vous osez protester, ils saisissent vos marchandises sans procès-verbal et sans possibilité de récupération ».
Malgré la multiplication des plaintes, les réponses institutionnelles tardent à se manifester, et les victimes ont le sentiment d’être abandonnées par ceux-là mêmes qui devraient les protéger. Selon plusieurs observateurs, cette inertie s’explique en partie par le système hiérarchique complice, où certains chefs de service ferment les yeux, voire bénéficient indirectement des retombées financières de ces abus.
Un commerçant anonyme témoigne : « Il arrive que l’agent municipal vous dise directement que “le chef doit aussi manger”. C’est devenu une mafia. On paie pour garder son étal, on paie pour charger une brouette, on paie même pour respirer ».
Ces comportements, aussi répandus qu’injustifiables, fragilisent non seulement la confiance des citoyens envers l’autorité locale, mais compromettent également les efforts de redressement fiscal et d’organisation du secteur informel. En poussant les petits commerçants à fuir toute régularisation, les agents municipaux sabordent involontairement les politiques publiques d’inclusion économique.
Le phénomène contribue par ailleurs à exacerber les tensions sociales, dans un contexte déjà marqué par la précarité, le chômage et les inégalités. Il n’est pas rare que des altercations éclatent entre agents et commerçants, parfois avec des issues violentes ou des interpellations arbitraires.
Face à cette dérive inquiétante, les voix s’élèvent pour exiger une réforme en profondeur des pratiques de contrôle municipal. Il est crucial de renforcer les mécanismes de surveillance, de protéger les commerçants contre les abus, et de sanctionner fermement les auteurs de ces pratiques illégales.
La commune de Kasa-Vubu, à l’instar d’autres entités urbaines, ne peut prétendre au développement tant que subsisteront ces comportements rétrogrades qui minent la cohésion sociale et décrédibilisent l’autorité publique. Un audit indépendant, l’introduction de guichets transparents pour les redevances commerciales, ainsi qu’une ligne verte pour dénoncer les abus pourraient constituer des pistes concrètes de redressement.
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