Dans la commune de Matete, à Kinshasa, un nouvel acte de criminalité vient de jeter une lumière crue sur l’insécurité persistante qui ronge les quartiers populaires. Un cambiste opérant au quartier Ngilima a été violemment dépouillé en plein jour, dans un braquage aussi expéditif qu’efficace, révélateur d’un environnement urbain de plus en plus livré à lui-même.

Selon des témoignages recueillis sur place, deux individus armés et encagoulés ont surgi dans une ruelle peu fréquentée vers le milieu de l’après-midi. En l’espace de cinq minutes à peine, ils ont menacé leur cible, se sont emparés d’une somme considérable en espèces, puis ont disparu sans laisser de traces. Si la victime n’a pas été physiquement blessée, elle demeure profondément marquée psychologiquement et économiquement par cet assaut éclair.

Les témoins décrivent une scène qui n’a rien d’un acte isolé. « C’est presque devenu habituel ici. Il n’y a ni patrouilles ni dissuasion, on vit dans une peur constante », déplore un résident du quartier. Les ruelles sombres, l’absence d’éclairage public et le manque de caméras de surveillance offrent un terrain favorable aux délinquants, dont les modes opératoires témoignent d’un professionnalisme inquiétant.

Plus troublante encore que l’attaque elle-même est l’absence de réaction des autorités compétentes. Ni le bourgmestre de Matete, ni le commandant de la police locale n’ont daigné s’exprimer, malgré les multiples interpellations des habitants. Ce mutisme institutionnel trahit non seulement un manque de compassion, mais surtout une incapacité à assumer pleinement les responsabilités qui leur incombent.

Quant au député provincial Diyabanza Mwananene, élu de la circonscription, son silence sur ce nouvel épisode de violence urbaine soulève de vives critiques. À l’heure où les citoyens attendent une réponse forte et des mesures concrètes, ce désengagement est perçu comme une forme d’abandon politique.

Ce braquage remet au centre du débat la nécessité urgente de revoir les dispositifs de sécurité dans les communes de Kinshasa, notamment celles à forte concentration commerçante comme Matete. Il ne s’agit pas seulement de renforcer les effectifs policiers, mais aussi d’adopter une approche multidimensionnelle qui combine urbanisme sécuritaire, services de proximité, éclairage public et sensibilisation communautaire.

La sécurité ne peut être déléguée à la seule vigilance des citoyens. Elle exige une coordination étroite entre les entités territoriales, les élus, la police nationale et les structures de sécurité urbaine. Faute de quoi, les zones marginalisées comme Ngilima continueront d’être le théâtre d’exactions qui banalisent la criminalité et installent un sentiment d’impunité.

L’incident survenu à Matete n’est pas qu’un fait divers : c’est le symptôme d’un système sécuritaire en panne, où les acteurs responsables brillent par leur inertie. Il est impératif que les représentants politiques et administratifs soient interpellés publiquement et contraints de rendre des comptes. Leur mutisme, face à une telle flambée de violence, n’est plus tenable.

Joël MOBIALA EXAUCÉ

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