Dans une démarche ambitieuse visant à renforcer la sécurité des usagers et à optimiser les recettes fiscales, les autorités de Kinshasa lancent une campagne d’identification obligatoire des chauffeurs de taxis et bus. Tous les conducteurs exerçant dans la capitale congolaise sont invités à se présenter à la division urbaine des transports entre le 27 et le 31 mai 2025.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où le secteur informel du transport urbain reste largement hors contrôle. En effet, de nombreux chauffeurs circulent sans permis valide, sans documents administratifs en règle ou en marge de la réglementation, ce qui compromet gravement la sécurité des passagers et la qualité du service.
Le gouvernement provincial espère ainsi mettre un terme à ces pratiques illégales en imposant une traçabilité rigoureuse des conducteurs et de leurs véhicules. Cette mesure permettra également de lutter contre la criminalité liée aux transports, souvent facilitée par l’anonymat des taxis non enregistrés.
Par ailleurs, cette campagne s’inscrit dans une volonté plus large de réguler le flux automobile qui étouffe quotidiennement la capitale, causant des embouteillages chroniques. La création d’une base de données fiable sur les conducteurs et les véhicules actifs pourrait constituer un outil précieux pour une meilleure gestion urbaine.
Toutefois, cette initiative, bien que louable, devra faire face à plusieurs défis majeurs.
Premièrement, le respect strict du calendrier imposé entre le 27 et le 31 mai est une contrainte serrée pour un secteur comptant des milliers d’acteurs souvent dispersés et difficilement mobilisables. Une campagne aussi courte risque d’exclure une partie non négligeable des chauffeurs, surtout ceux évoluant dans les zones périphériques.
Deuxièmement, la capacité opérationnelle des services de la division urbaine des transports à traiter efficacement un tel afflux reste incertaine. Le risque d’engorgement, de lenteurs bureaucratiques, voire de corruption, pourrait compromettre la crédibilité de la démarche.
Enfin, la question de la durabilité et de l’efficacité des sanctions prévues demeure cruciale. L’expérience passée montre que sans une application rigoureuse et continue des mesures, les chauffeurs indisciplinés pourraient facilement contourner le système ou reprendre leurs activités illicites.
Les syndicats de chauffeurs, associés à la mise en œuvre de cette opération, appellent leurs membres à respecter scrupuleusement le calendrier afin d’éviter des sanctions qui pourraient être lourdes. Parallèlement, des campagnes de sensibilisation sont menées dans les grands parkings de la ville pour informer et préparer les conducteurs.
Les autorités ont clairement indiqué que le non-respect de cette procédure entraînera des contrôles renforcés et des sanctions sévères, y compris le retrait définitif des permis de conduire pour les récidivistes.
Cette campagne marque sans doute un tournant décisif dans la volonté des autorités provinciales de structurer un secteur longtemps laissé à l’abandon. Si elle est menée avec rigueur, transparence et suivi, elle pourrait contribuer à bâtir une Kinshasa plus sûre, plus ordonnée et mieux régulée.
Cependant, la réussite de ce projet dépendra essentiellement de la capacité des autorités à garantir un traitement équitable, efficace et durable de cette identification, tout en veillant à ne pas pénaliser les petits transporteurs qui constituent pourtant le poumon économique de la ville.
Paterne MBOYO




