Au cœur de Kinshasa, le boulevard Lumumba, jadis symbole de modernité et axe névralgique du réseau routier congolais, se trouve aujourd’hui dans un état de délabrement alarmant. Cette voie, qui relie le centre-ville à l’aéroport international de Nd’jili en traversant plusieurs communes densément peuplées, est devenue un véritable parcours du combattant, tant pour les automobilistes que pour les piétons.

Entre Debonhomme et Bibwa, les plaintes s’accumulent. Ce tronçon, l’un des plus fréquentés de la capitale, est désormais synonyme d’embouteillages monstres, de nids-de-poule béants, de poussière suffocante ou de boue gluante selon la saison. Sous les sauts-de-mouton de Pascal et du marché de la Liberté, la chaussée a perdu toute apparence de route digne de ce nom. Elle s’apparente plutôt à une piste improvisée par le chaos.

« Ce tronçon est un vrai champ de bataille. Chaque jour, c’est le stress, la poussière ou la boue. On met parfois deux heures pour faire dix kilomètres », déplore un chauffeur de taxi-bus, visiblement exaspéré par l’état d’abandon.

Outre l’état désastreux de la voirie, le manque criant d’infrastructures annexes aggrave la situation. L’absence de trottoirs fonctionnels pousse piétons, vendeurs ambulants et motocyclistes à se disputer dangereusement l’espace avec les véhicules. Le désordre s’installe, les accidents se multiplient, et l’anarchie règne en maître.

Dans certaines zones, notamment vers Bibwa, des conducteurs n’hésitent pas à créer des voies de contournement sauvages, roulant à travers les flaques et les terrains vagues pour éviter les cratères de la route. Une pratique symptomatique de l’échec total des autorités à garantir un minimum de dignité urbaine.

Pour les riverains, le sentiment d’abandon est palpable. « On se sent oubliés. Les autorités passent ici, voient l’état lamentable de la route, mais rien ne bouge. Et pourtant, c’est la porte d’entrée de Kinshasa pour les visiteurs », s’indigne une habitante du quartier Mikondo.

Le boulevard Lumumba, censé refléter l’image d’une capitale ambitieuse, projette aujourd’hui celle d’une ville laissée à elle-même. Cette dégradation chronique n’impacte pas uniquement la mobilité : elle ternit l’attractivité de Kinshasa, freine l’activité économique et compromet la sécurité des usagers.

Face à cette urgence, les appels à une réhabilitation immédiate se multiplient. Il est impératif que les pouvoirs publics prennent la pleine mesure de cette crise infrastructurelle, qui ne saurait être résolue par de simples promesses. Le boulevard Lumumba ne peut continuer à incarner l’échec flagrant de la gestion urbaine dans une capitale de plus de 15 millions d’habitants.

Henoc TSHITABI

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