La capitale congolaise replonge dans le cauchemar de l’érosion, après les pluies diluviennes qui ont une fois de plus mis à nu la fragilité criante de son tissu urbain. Dans la commune de Ngaliema, l’avenue Laloux, pourtant stratégique, a littéralement cédé, sectionnée par une gigantesque crevasse. Les rues adjacentes Tokende, Marie-Antoinette, Makomo, Bashi et Lundisa vacillent désormais sous la menace imminente, tandis que maisons et commerces sont en sursis.
Le gouvernement, désormais en « alerte maximale », semble redécouvrir une urgence pourtant ancienne. Depuis des années, les habitants tirent la sonnette d’alarme sur l’urbanisation sauvage, le manque de canalisations, l’absence d’un plan d’aménagement cohérent.
Ce mardi, le Ministre d’État en charge des Infrastructures, Alexis Gisaro Muvunyi, s’est rendu sur les lieux aux côtés de responsables provinciaux. Il a reconnu la gravité de la situation, tout en évoquant une réponse en deux temps : stabilisation d’urgence, puis travaux de fond durant la saison sèche. Une promesse de plus, diront les riverains, déjà échaudés par des engagements non tenus dans le passé.
Quant au Vice-premier Ministre, Jacquemin Shabani, dépêché sur instruction présidentielle, il a évoqué la mise en place de comités de sécurité locale, appelant à l’implication communautaire. Mais sur le terrain, une question reste en suspens : pourquoi faut-il attendre que le sol s’effondre pour que l’État bouge enfin ?
Ce drame évitable rappelle l’urgente nécessité de repenser la gouvernance urbaine à Kinshasa. Les interventions ponctuelles, réactives, ne suffisent plus. Il est temps d’agir de manière préventive, structurelle, avec une volonté politique ferme et des budgets à la hauteur des enjeux.
Sinon, la prochaine saison des pluies risque encore de transformer les avenues de Kinshasa en tombeaux à ciel ouvert.
Deo Nzungu




