Le 06 mai, à la Primature, le cri d’alarme des gouverneurs du Kasaï et du Kasaï Central n’a laissé place à aucune ambiguïté : les grands chantiers censés désenclaver et redynamiser cette région du centre de la République démocratique du Congo sont aujourd’hui à l’arrêt, victimes d’une gestion approximative, d’un financement irrégulier et d’un manque criant de coordination entre les échelons de gouvernance.

La réunion de haut niveau convoquée à Kinshasa a mis en lumière un état des lieux alarmant. Routes défoncées, aéroports en friche, barrages hydroélectriques inachevés, bâtiments publics inoccupés… autant de symboles d’un développement promis mais sans cesse différé. Le gouverneur du Kasaï Central, Joseph-Moïse Kambulu, a souligné la gravité de la situation : « Les chantiers sont majoritairement à l’arrêt, et les infrastructures routières se dégradent de manière préoccupante ».

Parmi les projets emblématiques cités figurent la réhabilitation de la route Kananga-Kalamba Mbuji, les barrages hydroélectriques de Katende et Mbombo, ainsi que la modernisation de l’aéroport de Kananga, autant d’infrastructures stratégiques pour rompre l’isolement des provinces du Grand Kasaï. Cependant, les retards cumulés et l’absence d’un pilotage clair remettent en question la volonté réelle de matérialiser ces ambitions.

Certes, la Première ministre Judith SUMINWA TULUKA a tenu à rassurer, réitérant que les infrastructures figuraient parmi les priorités du Programme d’actions 2024–2028. Elle a rappelé l’alignement du Gouvernement sur la vision présidentielle de justice spatiale. Mais derrière le discours, la réalité du terrain continue de traduire un immobilisme préoccupant. Les engagements répétés à Kinshasa tardent à se concrétiser, et la lassitude gagne une population longtemps reléguée aux marges de l’agenda national.

L’absence de mécanismes de suivi, la faible capacitée d’exécution des administrations provinciales, et le déficit de transparence dans l’attribution des marchés publics constituent autant de failles structurelles qui plombent toute perspective de développement durable. De plus, le manque d’implication des communautés locales dans la planification et la supervision des projets accentue la déconnexion entre les décisions politiques et les besoins réels de la population.

Il ne suffit plus de proclamer des intentions. Le Grand Kasaï réclame des actes concrets, une accélération des décaissements, une réforme de la gouvernance des infrastructures, et surtout, une reddition de comptes régulière. Tant que ces conditions ne seront pas remplies, le développement du centre du pays restera un mirage lointain.

Henoc TSHITABI

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