Ce dimanche 4 mai, une nouvelle averse a une fois de plus mis en lumière les graves dysfonctionnements de l’aménagement urbain de Kinshasa. Entre le Centre culturel, la nouvelle Arena et le Palais du Peuple, l’eau a littéralement débordé : trottoirs transformés en mares stagnantes, caniveaux obstrués vomissant leur trop‑plein, et automobilistes contraints à la dérive dans une boue noire et collante.

Dès les premières gouttes, le même scénario se rejoue, comme si chaque saison des pluies n’était qu’un rappel cruel de l’inaction. Pourtant, ce triangle stratégique carrefour du pouvoir politique, de la culture et des infrastructures modernes affiche chaque jour ses ambitions de métropole émergente. En définitive, il lui manque l’essentiel : un simple système d’évacuation des eaux pluviales.

Non seulement les abords du Palais du Peuple, siège du pouvoir législatif, restent inondés, mais la nouvelle Arena, vitrine de la modernité kinoise, se noie dans la gadoue. En dépit des budgets colossaux annoncés pour la voirie, l’entretien des caniveaux demeure lettre morte. L’urbanisme décoratif, centré sur les façades rutilantes et les inaugurations, a visiblement pris le pas sur la maintenance structurelle, vitale pour la résilience urbaine.

Alors que l’Agence nationale des voies et voirie (AVV) dispose de matériels de curage et d’un personnel formé, aucune opération préventive n’a été déployée avant la saison des pluies. Pire : absence de contrôles réguliers des réseaux pluviaux, déficit de coordination entre la mairie de la Gombe et les services techniques, et lacunes dans la sensibilisation des riverains ont permis à ce chaos hydrique de perdurer.

Ce ne sont pas seulement les gardefous administratifs qui manquent, mais aussi le dialogue avec les habitants. Les piétons et conducteurs, livrés à euxmêmes, composent tant bien que mal avec les flaques géantes et les nidsdepoule transmutée en pièges liquides. Face à ce constat, la colère monte : les Kinois n’attendent plus de discours, mais des opérations de curage régulières, le débouchage systématique des caniveaux et l’installation de systèmes de drainage modernes.

Il est grand temps que les autorités locales, en concertation avec l’AVV, la mairie de la Gombe et le ministère de l’Urbanisme, élaborent un plan global d’assainissement. Celuici doit comprendre :

1. La réalisation urgente d’un diagnostic des réseaux d’évacuation existants.

2. Un calendrier annuel de curage et de maintenance préventive.

3. L’installation de stations de pompage dans les points bas de la ville.

4. Des campagnes de sensibilisation et de répression contre les dépôts sauvages.

Car, audelà de l’esthétique, c’est la sécurité des citoyens qui est en jeu. Sans volonté politique concrète et sans prise en compte des pentes naturelles et de la pluviosité croissante, les next pluies transformeront à nouveau les artères de Kinshasa en étangs indésirables, reflétant le naufrage persistant de la gestion urbaine.

JOËL MOBIALA

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