Une ombre mortelle plane sur le camp militaire Kokolo, en plein cœur de Kinshasa. Depuis six jours, son hôpital général est plongé dans l’obscurité, victime d’une coupure d’électricité prolongée qui paralyse complètement les services de santé. Ce n’est plus une simple panne : c’est un effondrement systémique, une faillite logistique qui met en lumière des failles profondes dans la gestion des infrastructures militaires.

Privé de courant, le centre hospitalier est réduit au silence. Les machines respiratoires, les équipements de stérilisation, les appareils de diagnostic sont tous à l’arrêt. Les soins les plus élémentaires sont suspendus, mettant en danger immédiat la vie des patients. Mais le drame ne s’arrête pas là : la morgue, bien que munie d’un groupe électrogène, ne parvient plus à maintenir la chaîne du froid. Faible, peu alimenté en carburant, cet appareil peine à fonctionner. Résultat : les corps en attente d’inhumation se décomposent à vue d’œil, dans une odeur pestilentielle qui sature les murs, imprègne les couloirs, et s’impose à tous comme un cri silencieux de détresse.

Les conséquences sont d’une violence insoutenable. Familles endeuillées livrées à elles-mêmes, personnel médical en détresse morale, militaires blessés privés de soins… Ce tableau d’abandon dépasse le cadre sanitaire : il trahit une crise de gouvernance et une défaillance institutionnelle. Car Kokolo n’est pas un hôpital comme les autres : il est censé être le bastion médical des Forces armées de la République démocratique du Congo. Quand même cette structure stratégique est laissée à l’agonie, que penser du reste du système ?

Plus alarmant encore, c’est l’absence totale de réaction de la part des autorités compétentes. Pas un mot, pas un déplacement, pas une mesure d’urgence. Ce mutisme institutionnel conforte l’idée d’un abandon organisé, d’une indifférence coupable. Les militaires, garants de la sécurité nationale, et leurs familles, sont traités avec un mépris glaçant, privés du strict minimum de dignité humaine.

Cette situation ne peut être relativisée. Elle n’est ni ponctuelle, ni anodine. Elle révèle un chaos profond dans la maintenance des infrastructures essentielles, une insouciance dans la gestion des besoins vitaux, et un mépris structurel pour la vie humaine. Derrière chaque corps en décomposition, c’est l’image même de la République qui se détériore.

Il est impératif que des mesures immédiates soient prises : rétablissement sans délai de l’électricité, approvisionnement régulier en carburant, audit de la gestion hospitalière, et surtout, responsabilisation des décideurs. Car ce qui se passe à Kokolo est une honte nationale, un désastre silencieux qui crie justice dans la puanteur de l’oubli.

JOËL MOBIALA

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