Dans les méandres de la commune de Ngaliema, le quartier de Binza Ozone apparaît comme un territoire relégué aux marges de l’autorité étatique. Ce secteur autrefois paisible est aujourd’hui plongé dans une insécurité rampante, conséquence directe de la désertion quasi totale des forces de l’ordre. À la tombée de la nuit, les ruelles sombres deviennent le théâtre d’actes criminels perpétrés en toute impunité, faute de présence policière régulière.
Il ne s’agit plus d’un simple malaise passager, mais d’une situation chronique qui s’enracine dangereusement. Les appels d’urgence émis par les habitants lors d’agressions ou de vols demeurent, dans la majorité des cas, sans réponse. « Quand on appelle la police, on nous dit qu’il n’y a pas de carburant pour se déplacer ou qu’ils sont débordés ailleurs », confie Jacques, un père de famille résidant à l’avenue Bakayau. Cette inefficacité systématique a fini par décrédibiliser les institutions chargées d’assurer la sécurité publique.
Dans ce vide sécuritaire, des bandes armées organisées et de petits délinquants prolifèrent. Le quartier est désormais ponctué de zones dites « rouges », où même les taxis-motos refusent de circuler une fois la nuit tombée. Des riverains affirment que certaines maisons sont régulièrement la cible de cambriolages nocturnes, tandis que les femmes craignent les agressions sexuelles. « Nous sommes laissés à nous-mêmes, obligés de créer des tours de garde improvisés entre voisins », témoigne une habitante du quartier Kiyimbi.
La situation actuelle à Binza Ozone illustre parfaitement le désengagement progressif de l’État dans certaines zones périphériques de la capitale. Alors que la Constitution consacre le droit à la sécurité comme fondamental, son effectivité est ici réduite à une illusion. Il devient urgent de repenser la stratégie sécuritaire urbaine et de redéployer des unités de police dans ces quartiers laissés-pour-compte.
Par ailleurs, l’absence de commissariats bien équipés, le manque de personnel formé et la précarité des moyens logistiques alloués aux forces de l’ordre constituent des handicaps majeurs. Il est impératif que le gouvernement, à travers le ministère de l’Intérieur et les autorités de la ville de Kinshasa, prenne des mesures concrètes pour sécuriser Binza Ozone, notamment par l’installation de postes de police avancés et le renforcement des patrouilles nocturnes.
Face à la passivité de l’État, des initiatives communautaires émergent timidement. Certains comités de quartier tentent de réorganiser les rondes nocturnes et de sensibiliser les jeunes sur les dérives de la délinquance. Cependant, ces efforts demeurent insuffisants sans un appui structurel des autorités. La sécurité ne peut être durable que si elle repose sur une collaboration effective entre les citoyens et l’État, chacun jouant pleinement son rôle.
LA RÉDACTION




