Située dans la périphérie sud-est de Kinshasa, la commune de Kimbanseke cristallise aujourd’hui une problématique majeure de gouvernance urbaine : l’insécurité foncière. De nombreux ménages y vivent sous la menace constante de déguerpissement, faute de disposer de titres fonciers légalement reconnus par les autorités étatiques. Ce climat d’incertitude compromet sérieusement la stabilité sociale et freine considérablement l’essor économique local.

En effet, l’absence de documents cadastraux fiables et la coexistence de plusieurs régimes de propriété notamment le droit coutumier et le droit moderne favorisent l’émergence de conflits récurrents. Ces tensions opposent souvent familles riveraines, chefs coutumiers et services publics de l’État, chacun revendiquant un pouvoir de validation ou de cession des terres. Dans plusieurs quartiers de Kimbanseke, des altercations violentes ont été enregistrées à la suite de ventes contradictoires de parcelles, voire de doubles attributions opérées en toute impunité.

« Cette situation empêche toute initiative d’investissement pérenne. Qui voudrait construire sur une terre susceptible d’être contestée demain ? », s’interroge un urbaniste local, préférant garder l’anonymat. En effet, les promoteurs immobiliers, conscients du vide juridique et de la fragilité des droits fonciers, hésitent à injecter des capitaux dans des projets résidentiels à Kimbanseke, ce qui retarde la modernisation et l’assainissement de cette commune à forte densité démographique.

Par ailleurs, cette précarité juridique constitue un frein à la mise en œuvre des politiques publiques en matière d’aménagement du territoire. L’État, privé de maîtrise foncière réelle, peine à planifier l’extension ordonnée de l’agglomération. L’absence de cadastre numérisé, conjuguée à l’insuffisance de coordination entre les services techniques et les autorités traditionnelles, rend toute projection urbanistique hasardeuse, voire illusoire.

Face à cette problématique, les experts préconisent l’accélération du processus de réforme foncière en République Démocratique du Congo, notamment par la dématérialisation des titres fonciers, la clarification des compétences entre autorités coutumières et étatiques, ainsi que l’instauration d’un guichet unique pour les actes de propriété. L’exemple du projet de politique nationale foncière, actuellement en cours de validation, pourrait offrir une réponse structurelle si son application est rigoureuse et inclusive.

En définitive, le cas de Kimbanseke illustre avec acuité les défis croisés de l’urbanisation anarchique, de la gouvernance foncière défaillante et de la marginalisation des populations pauvres dans l’accès au droit à la terre. Laisser perdurer cette situation reviendrait à hypothéquer durablement la paix sociale et le développement harmonieux de la capitale congolaise.

LA RÉDACTION

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