Dans la commune densément peuplée de Selembao, les habitations poussent à flanc de colline, souvent suspendues au-dessus de ravins béants ou érigées sur des sols instables. Si ces constructions traduisent une volonté vitale de se loger coûte que coûte, elles révèlent également l’ampleur d’une crise urbaine systémique nourrie par l’absence de régulation foncière et de vision territoriale structurée.

À chaque saison des pluies, Selembao devient le théâtre d’effondrements tragiques. Des maisons s’écroulent, des familles sont ensevelies, des vies sont irrémédiablement perdues. Pourtant, malgré cette réalité récurrente, de nombreux habitants persistent à bâtir dans ces zones dites “rouges”, faute d’alternatives viables. « Nous savons que ces terrains sont dangereux, mais où voulez-vous qu’on aille ? Personne ne nous aide à trouver un autre endroit », confie un père de famille du quartier Kimbangu.

Ce phénomène est accentué par une défaillance criante des pouvoirs publics. En effet, la République Démocratique du Congo ne dispose toujours pas d’un Plan National d’Aménagement du Territoire (PNAT) officiellement adopté. Ce vide institutionnel entrave sérieusement la capacité de l’État à organiser l’espace urbain de manière rationnelle, à protéger les zones vulnérables et à orienter les populations vers des sites constructibles et sécurisés.

Dans ce contexte de non-gouvernance spatiale, les constructions anarchiques prolifèrent, échappant à tout contrôle technique ou environnemental. Les services d’urbanisme, eux-mêmes sous-dotés et parfois gangrenés par la corruption, peinent à imposer des normes. Les permis de bâtir sont rares, et les décisions d’évacuation, quand elles existent, sont souvent ignorées ou combattues.

Certains programmes pilotes de stabilisation des ravins et d’assainissement ont vu le jour dans les années récentes, mais leur portée reste marginale et leur pérennité incertaine, faute de financement régulier. L’enjeu est pourtant majeur : éviter que des quartiers entiers ne soient engloutis sous la boue ou le béton effondré.

Face à cette situation explosive, les experts insistent sur l’urgence d’adopter une politique nationale d’aménagement du territoire, inclusive, participative et résolument tournée vers la résilience urbaine. Sans ce socle stratégique, Kinshasa et en particulier des communes comme Selembao restera prisonnière d’une urbanisation précaire, dominée par la débrouille, la survie et l’indifférence.

LA RÉDACTION

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